
Ce cycle de huit conférences proposere une approche systématique de la « psychologie » thomiste et de la quête de la vie bonne selon saint Thomas.
Qu’est-ce que l’homme ? Comment concevoir l’action morale ? Il en va de ces interrogations comme du temps chez saint Augustin : « Si l’on ne me demande pas de quoi il s’agit, je sais ce que c’est ; mais si l’on m’interroge et que je doive répondre, aussitôt je ne sais plus… »
Nous pouvons tous a priori répondre confusément aux grandes questions qui concernent l’homme : nous savons bien qu’il n’est ni un robot ni un animal ; qu’il mérite d’être récompensé ou puni selon qu’il agit bien ou mal ; qu’instituer des tribunaux et des peines a un sens ; que la responsabilité morale n’est pas un vain mot, non plus que la liberté.
Mais savons-nous ce qu’est fondamentalement l’homme et comment il discerne le bien qu’il doit faire du mal qu’il doit éviter ?
Après avoir rétabli les droits du bon sens en mettant l’accent sur l’origine sensible de la connaissance humaine (conférence précédente), il s’agit à présent de mieux comprendre l’organisation particulière de notre sensibilité : les sens externes sont connus de tous ; moins connus, mais tout aussi indispensables, les sens dits « internes » nous permettent d’assimiler les données transmises par les sens externes.
L’imagination, la mémoire, l’estimative (ou plus précisément, la cogitative) et le sens commun… ne correspondent pas exactement au sens habituel que ces mots véhiculent dans le langage courant.
Après avoir précisé la signification de ces différents termes ainsi que le fonctionnement de la sensibilité interne, nous verrons comment l’homme réagit à ces impressions sensibles : c’est-à-dire par des émotions ou plus exactement, selon la langue scolastique, des passions. Il faudra alors voir comment se structure la réponse « passionnelle » aux données issues de la sensibilité.
Les émotions que nous avons évoquées précédemment relèvent de la manière dont un vivant s’approprie son expérience du monde. La distinction entre l’instinct animal et la capacité de « modeler » les réactions instinctives chez l’homme suggère qu’une interprétation strictement matérialiste de la condition humaine manque quelque chose.
Plus généralement, le « monisme » matérialiste, qui nie qu’il y ait autre chose que la matière, se heurte à des difficultés insurmontables. Or les objections à la vision matérialiste, pour être pertinentes, proviennent souvent d’un milieu dualiste, lui aussi engagé dans des impasses que le matérialisme a beau jeu, alors, de dénoncer en retour.
Une fois encore, la clé de l’énigme se trouve dans le réalisme aristotélico-thomiste et la théorie « hylémorphique », seule capable de surmonter les apories du strict matérialisme comme celle du dualisme cartésien. Une meilleure compréhension de la relation entre l’âme et le corps constitue, à cet égard, le point de départ qui permettra, pour la suite, une juste articulation entre le registre de la sensibilité et celui de la vie proprement spirituelle, d’où sourdent l’intelligence et la volonté.
Pour surmonter les impasses du dualisme comme du matérialisme stricts, il faut en revenir à la théorie aristotélicienne de l’HYLEMORPHISME. Aristote y fait droit à la part de vérité des options dualiste et moniste : l’âme et le corps s’appellent mutuellement pour former un tout vivant unifié. L’âme de l’homme, quand on l’étudie par le biais de ses opérations, se distingue par une capacité à s’élever à des CONCEPTS, c’est-à-dire qu’elle est INTELLIGENTE. Mais, une fois précisé le sens et la nature de ce que l’on entend par ‘concept’, on doit aller plus loin : qu’est-ce, précisément que l’INTELLIGENCE, et en quoi se distingue-t-elle de la RAISON ?
La RAISON se distingue donc de l’INTELLIGENCE. Quelles opérations caractérisent la raison ? en particulier, qu’est-ce que le RAISONNEMENT ? Ici se pose la question, aujourd’hui fort débattue, de l’usage éventuel de la raison par les animaux. La différence entre les capacités humaines et animales est-elle seulement QUANTITATIVE ou est-elle proprement QUALITATIVE ? Autrement dit, la raison humaine est-elle ou non quelque chose de foncièrement différent de l’« intelligence » animale telle qu’on peut l’observer chez les mammifères les plus développés ?
Retour sur l’hylémorphisme : l’âme et le corps s’appellent mutuellement. Quand un animal meurt, il cesse d’exister pour de bon : l’âme n’existe pas sans le corps, et le corps n’est un corps QUE moyennant la présence de l’âme qui le fait vivre. En est-il de même pour l’homme ? Comment et pourquoi peut-on (doit-on !) penser que l’âme humaine, à la différence de l’âme des animaux et de celle des végétaux, est IMMORTELLE ?
Après nous être arrêtés assez longuement sur la nature de la raison comme faculté spécifiquement humaine au sommet de la connaissance, il nous faut examiner la deuxième puissance qui nous distingue des autres vivants : la volonté, qui donne l’impulsion pour agir. Mais la volonté est-elle autonome, et si oui, dans quelle mesure ? N’est-elle pas plutôt l’esclave de l’intelligence… ou des passions ? Et si ce n’est pas le cas, mais qu’elle est « libre », qu’est-ce que cela signifie ? Comment, autrement dit, comprendre la liberté d’une faculté essentiellement aveugle ?
La maxime dans laquelle s’enracine toute activité morale est une évidence fondamentale : il faut faire le bien et éviter le mal. Soit ! Toute la difficulté consiste cependant à comprendre ce que veulent dire le « bien » et le « mal », sous peine de vider de son contenu la vérité première de la vie morale. Mais alors, si je « dois » faire le bien, suis-je encore libre de le choisir ? Où est encore ma marge de liberté ? Du reste, la pédagogie morale a pour but d’orienter notre désir de manière à ce que le bien réel soit en même temps notre devoir et l’objet de nos désirs, de manière à réconcilier, autant que faire se peut, nos aspirations individuelles avec les exigences profondes de notre nature. Vaste chantier, s’il en est.
Le patient travail d’organisation de notre vie morale, par l’éducation que nous recevons et par celle que nous nous donnons, a pour ambition de faire de nos émotions (les passions) le socle de la vertu. Celle-ci est, dans son acception originale, l’excellence propre d’une chose : un homme vertueux est donc un homme qui ne se discipline que pour s’accomplir comme homme.
La vertu ainsi comprise n’est pas une contrainte réductrice, mais une libération, puisqu’elle est la manière dont l’homme réalise son potentiel proprement humain. Partant, la vertu nous met sur la voie du bonheur, lorsque enfin nous devenons pleinement ce que nous sommes.
Qu’est-ce que l’homme ? Comment agit-il ? Comment sait-il ce qui est bien ou mal ? Ces questions fondamentales sont au cœur de la tradition philosophique et trouvent en saint Thomas d’Aquin une réponse à la fois rigoureuse et intemporelle. Ce cycle de conférences propose d’explorer la psychologie et la morale thomistes afin de mieux comprendre la nature humaine et la quête de la vie bonne.
À travers neuf conférences, nous examinerons :
L’origine de la connaissance : comment nos sens, nos émotions et notre imagination façonnent notre rapport au monde.
Les passions et la sensibilité interne : en quoi nos émotions influencent-elles notre action et notre jugement ?
L’âme et le corps : dépasser l’opposition matérialisme / dualisme grâce à l’hylémorphisme.
L’intelligence et la raison : quelles différences fondamentales entre la pensée humaine et l’« intelligence » animale ?
L’immortalité de l’âme : en quoi la philosophie thomiste justifie-t-elle la nature unique de l’âme humaine ?
La volonté et la liberté : comment l’homme peut-il choisir librement et agir en fonction du bien ?
Le désir du bien et la conscience morale : quels sont les fondements de nos choix éthiques ?
Les vertus et le bonheur : comment organiser notre vie morale pour atteindre l’excellence humaine ?
Ce cours s’adresse à toute personne curieuse de mieux comprendre la nature humaine, la morale et la psychologie à la lumière de la philosophie réaliste de saint Thomas d’Aquin. Il offre des clés de réflexion précieuses pour structurer son intelligence et approfondir sa quête du bonheur.
Rejoignez-nous pour explorer la psychologie et la morale thomistes et redécouvrir la richesse de la philosophie sur la nature humaine !