
Le fait d’utiliser l’IA tôt dans un apprentissage (collège, lycée) avant d’en avoir appris toutes les bases et de les avoir exercées jusqu’à une certaine maîtrise remet, radicalement en question cette évolution.
Ainsi, l’on préférera la gratification immédiate du résultat de la machine, avec son gain de dopamine, qui court-circuite le besoin humain de faire un effort intense et d’attendre une récompense future. Le cerveau humain est biologiquement câblé pour rechercher le plaisir immédiat et éviter la difficulté, tandis que la pression sociale valorise le résultat plutôt que le processus.
L’ÉLAGAGE SYNAPTIQUE
Il est au cœur du raisonnement selon lequel une sous-sollicitation cognitive à l’adolescence peut entraîner un appauvrissement durable des capacités de pensée complexe.
1. Qu’est-ce que l’élagage synaptique ?
• Durant l’enfance, le cerveau produit une quantité massive de synapses, beaucoup plus qu’il n’en utilisera jamais.
• Cette surproduction synaptique est une stratégie biologique : elle offre au cerveau un vaste « terrain de jeu » pour s’adapter à son environnement.
• À partir de l’adolescence, et jusqu’à environ 25 ans, le cerveau élimine activement les connexions jugées inutiles ou redondantes :
— les synapses utilisées fréquemment se consolident et se myélinisent,
— celles qui ne sont pas activement sollicitées sont détruites.
C’est un processus énergétiquement économique et adaptatif : le cerveau optimise ses circuits pour être plus efficace. Imaginez une forêt dense où seuls les sentiers souvent empruntés sont entretenus ; les autres disparaissent sous la végétation.
(Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task, Kosmyna et al., 2024).
Les chercheurs ont placé 54 étudiants et jeunes adultes (18–39 ans), issus de plusieurs universités de Boston (MIT, Harvard, Tufts, Northeastern, Wellesley…) dans trois conditions d’écriture (LLM, recherche Internet, ou sans aide). Ils ont enregistré leur activité cérébrale via EEG, analysé les essais avec des outils de linguistique computationnelle et les ont faits évaluer par des humains et une IA, tout en recueillant leurs impressions subjectives après chaque tâche.
Quand les réseaux de mémoire, d’attention et de créativité ne sont plus entraînés régulièrement, ils perdent en efficacité synaptique. Dès lors, penser sans IA devient beaucoup plus coûteux : plus lent, plus laborieux, moins gratifiant. Comme l’alcoolique qui boit pour « sortir du brouillard », l’utilisateur régulier d’IA en vient à activer son esprit efficacement seulement avec l’IA.
Pourquoi un nouveau cadre ? Parce que l’IA est encyclopédique, rapide, inlassable : la tête bien pleine. L’école doit, plus que jamais, former la tête bien faite : un esprit libre, critique, créatif et conscient. Montaigne voulait « une tête bien faite, et non bien pleine ». Rabelais nous avertissait : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » L’enjeu est clair : une hybridation vertueuse. L’IA transmet l’information, l’école forme le discernement, la créativité, l’intériorité et à une intelligence intégrale : tête, cœur, main. Exemple d’un cours d’une heure.
Les bienfaits de la création artistique peuvent se résumer en 3 points :
— Aider à diminuer l’anxiété en étant dans le présent créatif et faciliter la concentration ;
— Favoriser la communication et développer le potentiel artistique en interrogeant l’artiste en soi et accéder à une confiance accrue ;
— Permettre de travailler sur les conflits émotionnels, de leur révélation à leur gestion.
En créant, quelque part, nous changeons, en modifiant nos connexions cérébrales, nos sécrétions chimiques et en élargissant notre vision du monde.
Notre délégation à l'IA les mets en sommeil, avec la diminution des ondes bêta.
LA PHILOSOPHIE du flux ou FLOW en anglais
C’est un concept développé par le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi dans les années 1970.
Le flow désigne un état mental optimal dans lequel une personne est complètement immergée dans une activité, avec un sentiment de concentration intense et si profond que le sens du temps peut se distordre, avec des heures passant comme des minutes.
Le flow converge avec le ZEN japonais dans l’expérience fondamentale : celle de l’alignement total de l’être avec l’instant présent.
Pour bien fonctionner, un récit (roman, nouvelle) doit non seulement faire NAÎTRE DES ÉMOTIONS, mais aussi ÊTRE AUTHENTIQUE...
Lorsqu’on verbalise, on commence à mieux comprendre ce qui est advenu et on finit par mettre l’adversité derrière soi. On aide le cerveau à mieux gérer les émotions. Le lâcher-prise. Contrôler ses émotions entraîne l’activation du cortex préfrontal droit. Or, quand cette partie du cerveau s’active, d’autres zones cérébrales liées aux émotions négatives — l’amygdale par exemple — sont désactivées. Pour cela écrivez en toute liberté dans un brouillon toutes les sensations et les idées qui vous viennent quand vous pensez à la situation qui vous hante, à la peur qui vous ronge.
L’IA –INTELLIGENCE AUGMENTÉE OU ESPRIT DIMINUÉ ?
Entretien avec l’IA. L’IA face au questionnement socratique.
Extrait de l'Essai :" Le prêt-à-penser. L'IA. Dernier clou dans le cercueil de l’Éducation nationale", d'Olivier Lusetti. Editions Erick Bonnier.
" Depuis des siècles, l’humanité a développé des outils pour faciliter son quotidien. Chaque invention – de l’écriture à
l’imprimerie, de la machine à vapeur à Internet – a transformé notre rapport au monde et à la pensée. Mais quand un outil
commence à penser à notre place, que reste-t-il de notre intelligence naturelle ?
L’intelligence artificielle promet de nous soulager, de rendre plus rapide et plus efficace notre travail intellectuel. Dans le
domaine de l’écriture, elle se propose même d’anticiper nos idées, de formuler nos pensées à notre place. Mais cette facilité est-elle réellement un progrès ? Ou est-elle un poison lent, un placebo technologique qui nous prive de la lente construction de notre propre réflexion ?
Car, de tout temps, ce qui dispense d’effort finit par asservir. Qui a faim est esclave de ses besoins, qui ne sait pas est esclave de son ignorance. Qui utilise l’IA à la place de se connaître est l’esclave de l’outil qui devient le maître. Il nous faut l’interroger pour en avoir le cœur net. Lui poser les bonnes questions. Commençons ! "