
Conseils d' interprétation par le pianiste Bertrand Giraud (www.bertrandgiraud.net) :
Claude Debussy, né le 22 août 1862 à Saint-Germain-en-Laye et mort le 25 mars 1918 à Paris 16, est un compositeur français.
En posant en 1894 avec Prélude à l'Après-midi d'un faune le premier jalon de la musique moderne, Debussy place d’emblée son œuvre sous le sceau de l’avant-garde musicale. Il est brièvement wagnérien en 1889, puis anticonformiste le reste de sa vie, en rejetant tous les académismes esthétiques. Avec La Mer, il renouvelle la forme symphonique ; avec Jeux, il inscrit la musique pour ballet dans un modernisme prophétique ; avec Pelléas et Mélisande, l’opéra français sort des ornières de la tradition du drame lyrique, tandis qu’il confère à la musique de chambre, avec son quatuor à cordes, des accents impressionnistes inspirés.
Une part importante de son œuvre est pour le piano (la plus vaste de la musique française avec celle de Gabriel Fauré) et utilise une palette sonore particulièrement riche et évocatrice.
Claude Debussy laisse l’image d’un créateur original et profond d’une musique où souffle le vent de la liberté. Son impact sera décisif dans l’histoire de la musique. Pour André Boucourechliev, il incarnerait la véritable révolution musicale du vingtième siècle.
La Suite bergamasque est une suite pour piano du compositeur français Claude Debussy, dont la première rédaction remonte à 1890 environ, et qui est publiée en juin 1905.
Comptant parmi les plus célèbres compositions de Debussy, la Suite bergamasque est souvent considérée comme la meilleure œuvre pianistique de sa jeunesse. Elle compte quatre mouvements1 dont le plus célèbre est le troisième :
Prélude ;
Menuet ;
Clair de Lune ;
Passepied.
L'adjectif bergamasque (de la ville italienne de Bergame) est un écho au poème de Paul Verlaine, Clair de lune, tiré des Fêtes galantes (1892), lequel dans sa première strophe évoque les « masques et bergamasques », expression que reprendra aussi le compositeur Gabriel Fauré pour une suite d'orchestre datée de 1919.
Le troisième mouvement est le célèbre Clair de Lune, en ré bémol majeur, sur un tempo andante très expressif, joué essentiellement pianissimo. C'est peut-être la pièce la plus connue de la Suite bergamasque pour piano seul, composée en 1890. Il est probable que son nom s'inspire du poème Clair de lune de Paul Verlaine.
La plus grande partie du mouvement est jouée pianissimo, et les allers et retours entre une grande intensité émotionnelle et une grande distance en font un chef-d'œuvre de l'époque impressionniste. Elle est jouée en ré bémol majeur, à l'exception de son point de plus grande intensité, en do dièse mineur. Le Clair de Lune est composé d'une exposition du thème (lente) puis d'une réexposition dans une partie rapide, le thème revenant à la fin dans la partie lente.
C'est désormais une œuvre jouée par beaucoup de harpistes, notamment parce que la partition peut être jouée sans modification de notes.
En 2013, le mouvement Clair de Lune est mis en scène dans le Doodle musical et animé du 22 août de Google4, à l'occasion du 151e anniversaire de la naissance de Debussy : un cheminement virtuel sur les quais du Paris de la fin du XIXe siècle par une nuit de pleine lune, fait apparaître des ballons, les lumières de la ville qui clignotent, un moulin à vent, des fumées de cheminée, des automobiles d'époque, un cycliste en grand-bi, un bateau à vapeur et, en guise de scène finale romantique, deux rameurs en barque qui se rejoignent, l'homme et la femme étant réunis sous un parapluie rouge alors que la pluie commence à tomber.
La "cancel culture" a encore frappé. "Le Petit nègre" et le "Golliwogg's Cakewalk" de Claude debussy ont tout simplement été interdits dans une école de musique américaine.
Tandis qu'on rebaptise, à Paris, des titres susceptibles d'offenser les Savonarole du hashtag, on les interdit carrément aux Etats-Unis. Une école de musique new-yorkaise (la Special Music School du Kaufman Music Center), qui accueille des enfants de moins de douze ans, a ainsi décidé de bannir purement et simplement deux pièces pour piano de Debussy, Golliwogg's Cakewalk et Le Petit Nègre.
« Connotations racistes et obsolètes »
« Ces deux pièces ne sont plus acceptables dans notre paysage culturel et artistique actuel », précise le message adressé aux professeurs de piano. « Nous voulons faire de [notre école] un lieu où tous nos étudiants se sentent soutenus, et ces deux pièces ont des connotations racistes et obsolètes. » Et de conclure : « Heureusement le répertoire de piano est vaste. Je sais que les alternatives ne manquent pas. »
ll s'agit de deux œuvres écrites entre 1890 et 18911 par Debussy, alors âgé d'une trentaine d'années. Elles contiennent cependant nombre de traits caractéristiques du style de composition de Claude Debussy (tels que les rythmes, les couleurs …). L'autographe de l'œuvre présente comme signature Cl. A. Debussy, qu'il n'adopte que vers la fin de 1889. En 1891, les Arabesques sont tirées à 400 exemplaires et passent d'abord inaperçues. Elles deviennent populaires à partir de 1906, comme on le voit avec l'augmentation du nombre de tirages et de transcriptions pour divers instruments et orchestre.
Le terme d'« arabesque » fait partie du vocabulaire familier de Claude Debussy tout comme de celui de nombre d'artistes de l'époque. Cependant, il n'a pas de signification précise, puisque dans ses écrits, l'auteur l'applique aussi au chant grégorien, à J. S. Bach, à la musique balinaise et même à son Prélude à l'après-midi d'un faune.
Ces Deux arabesques comptent parmi les toutes premières œuvres de la « musique impressionniste » en France. En effet, Claude Debussy semble vouloir mélanger les modes et les couleurs (nombreux changements de tonalité …).
Première arabesque
La première arabesque débute dans la gamme de mi majeur après cinq mesures d'exposition dans un mode lydien (mode de fa) sur la. Le thème est exposé dans un mode pentatonique de mi superposé à la gamme de mi majeur. La fin de l'exposition se fait dans le ton de la dominante jusqu'à la reprise. La reprise reprend les deux premières mesures de l'exposition puis expose une marche harmonique jusqu'à passer sur un mode mixolydien (mode de sol sur la avant de revenir dans la tonalité de mi majeur. La première partie se termine sur une montée par degrés jusqu'à la cadence. Cette première partie est caractérisée par le rythme « trois-pour-deux », une technique très utilisée par Claude Debussy et les autres musiciens impressionnistes. Une deuxième partie débute alors en la majeur (alternance de tonalité en mi mineur, la majeur, do majeur). La troisième partie reprend avec une variation de la première.
La seconde arabesque en sol majeur possède un tempo beaucoup plus rapide (allegretto scherzando). C'est une pièce en trois parties, dont la première est dans une couleur de sol majeur tout en restant dans un esprit modal. On y trouve des couleurs de gamme pentatonique et de gamme par ton. La première partie se clôt par un accord suspensif reposant sur la gamme par ton. La seconde partie montre une présence marquée d'une couleur de si majeur.
France, 1908. Claude Debussy, âgé de 46 ans, déjà très célèbre, père d’une fillette de 4 ans, se lance dans l’écriture d’un cycle de petites pièces espiègles et tendres. Mais son Children’s Corner regorge d’énigmes, de farces et de faux exercices digitaux. Le plus surprenant ? Tous ses titres sont en anglais… ou en latin !
Le début de la première pièce du recueil, nommée Doctor gradus ad parnassum, se restreint de façon presque absolue aux touches blanches, le compositeur n’utilise ni dièses ni bémols.
Le titre de la seconde pièce du recueil, Jimbo’s Lullaby, fait songer à celui qui a vécu jusqu’à l’âge de 24 ans de 1861 à 1885. Appelé Jimbo, ou parfois Jumbo, il est né dans les savanes de l’Abyssinie, ainsi que l’on nommait alors l’Éthiopie. Il s’agit d’un très bel éléphant, qui fut capturé puis mis en cage au zoo du Jardin des plantes à Paris. Puis il a été échangé contre un rhinocéros d’un zoo de Londres en 1865. Il a ensuite été cédé au cirque Barnum en 1882. La mort de cet animal, devenu très célèbre en raison de sa taille colossale, a été terrible : une collision en 1885 avec une locomotive lors d’une tournée ! Debussy avait 23 ans et l’événement a fait la Une de tous les journaux, le marquant nécessairement. Peut-être d’ailleurs l’avait-il vu en vrai lors d’un voyage ! En conclusion, cette composition de Debussy est la berceuse d’un éléphant, voire de plusieurs puisqu’il a proposé comme traduction de son titre : Berceuse des éléphants. Pour être encore plus précis, si l’on croit le dessin qu’il a fait pour la couverture de sa partition, il pensait à un éléphanteau, idée qu’une indication notée à l’intention de l’interprète peut encore renforcer : « doux, et un peu gauche ». On sent très nettement la tendresse que le compositeur ressentait pour l’animal qu’il mettait ainsi en sons.
Il y a, en contrepoint du thème, des doum doum percussifs. Debussy, qui souhaite évoquer un cadre africain, fait certainement ainsi allusion à des percussions telles que le balafon. Et la gamme qu’il utilise, une gamme qu’on appelle pentatonique, se pratique tout particulièrement en Afrique. Elle participe donc à cette géographie de l’écoute. Pourtant, n’y a-t-il que l’Afrique d’évoquée dans cette musique ?
Pièce difficile, qui demande précisions, légèreté, différence de toucher. un vrai régal !
Les parties suivantes nous emmènent de délicats carillons de porcelaine ("Sérénade de la poupée") à des scènes d'un sombre après-midi d'hiver où les enfants sont piégés à l'intérieur ("La neige danse"). Le mouvement suivant, "Le Petit Berger", utilise trois solos de piano pour créer un paysage loin du Paris de l'enfance de Chou-Chou, mais peut-être visité dans ses rêveries.
La cinquième pièce du Children’s Corner s’intitule The Little Sheperd, c’est à dire Le petit berger. Selon le musicologue belge Harry Halbreich, Debussy se serait inspiré d’un dessin de jeune berger au milieu de ses moutons. Et le compositeur aurait vu le dessin dans un des nombreux livres d’images anglais que Miss Dolly, une charmante nurse, faisait découvrir à Chouchou, la fille de Debussy, alors âgée de 4 ans. L’idée est convaincante. Cela a bien pu être le projet de départ de la pièce… Oui, mais cette idée est-elle suffisante ? Pourquoi justement choisir cette image dans le livre ? En quoi un berger peut-il bien intéresser Debussy en 1908 ?
Debussy était véritablement un parisien forcené ! Un jour où il s’ennuyait au Grand-Hôtel de Dieppe, un an avant la composition de son Children’s Corner, il confie à un ami dans une lettre qu’il « offrirai bien volontiers les neuf symphonies de Beethoven reliées avec la peau de Richard Strauss pour être à Paris ».
Oui, Debussy n’était pas si sensible que ça aux charmes du tourisme…
Avec du recul, cette question des bergers peut nous conduire au cœur du foisonnant imaginaire debussyste. Mais sous un éclairage cette fois pas nécessairement recommandé aux jeunes enfants. Dans une surprenante scène du quatrième acte de Pelléas et Mélisande, Yniold, le fils de Golaud, qui est le beau-frère jaloux de Pelléas, entend les moutons pleurer. Le berger qui conduit le troupeau lui confesse alors qu’ils ne sont pas en train de suivre le chemin qui mène à l’étable. Troublé, l’enfant s’interroge : où vont-ils dormir, ce soir ? Dans la scène suivante, Golaud tuera Pelléas et blessera mortellement Mélisande… Le berger est donc ici, sous la forme typique du symbolisme de Maeterlinck, l’annonciateur du double homicide qui se profile.
Mais chez Debussy, les bergers sont rarement liés au crime. D’ordinaire, ils jouent de la flûte. Pourtant, celle du début du Prélude à l’après-midi d’un faune ne représente pas directement un berger, mais un faune mallarméen en train d’émerger de sa sieste dans l’heure fauve où tout brûle. Il s’interroge sur un souvenir érotique avec deux nymphes. Était-ce un rêve ? La réalité ? Toute cette églogue, c’est-à-dire un poème d’inspiration pastorale, poursuit cette interrogation. Qui se révèle in fine, comme toujours chez Mallarmé, un questionnement autour de la création.
Or, au chef d’orchestre Camille Chevillard qui lui demandait comment interpréter ce solo, Debussy aurait répondu qu’il fallait imaginer un berger jouant le cul dans l’herbe. Une constellation se fait jour à présent : nous y trouvons un solo de flûte, un berger ou un faune, puis, quelques années plus tard, Syrinx. Cette formidable pièce que Debussy va concevoir pour flûte seule est à nouveau une scène érotique, cette fois entre une naïade, une oréade et le dieu Pan, une scène imaginée à partir d’un poème de Gabriel Morey.
Le berger, ou le dieu grec, armé d’une flûte, est donc doté chez Debussy d’une puissante aura érotique. Et cela se découvre d’une façon encore plus flagrante dans la musique de scène qu’il compose pour accompagner la récitation, avec tableaux vivants, de douze poèmes faussement antiques, en réalité écrits par son ami proche, Pierre Louÿs. Ils évoquent Bilitis, une jeune grecque qui aurait vécue sur l’île de Lesbos au sixième siècle avant Jésus-Christ.
...et un petit berger pour Chouchou
Nous y sommes souvent proches de l’atmosphère du petit berger ! On pourrait dire qu’il s’agit de sa version « adulte ». Bien évidemment, les poèmes érotiques de Pierre Louÿs déclamés par la récitante sont bien trop explicites pour pouvoir être lus à Chouchou.
Revenons à nos moutons. Ils échappent à l’érotisme souvent présent dans cette thématique debussyste. Ce petit berger respire au contraire la pureté, la chasteté. Et, quelques années après la mort de Debussy, la pianiste Marguerite Long a confié avoir entendu la pièce jouée par Chouchou elle-même. Que cela devait être émouvant…
Pianiste concertiste, Bertrand Giraud se produit dans une cinquantaine de pays en soliste et différentes formations de musique de chambre. Jury de concours de concours internationaux, il enseigne au Conservatoire du Raincy et donne des masterclasses. Il a enregistré 25 cds, dont la plupart ont été primés par la presse spécialisée. Il partage ici ses idées musicales sur Claude Debussy.
Debussy comme la musique Française du XXème siècle fait partie intégrante du répertoire de ce pianiste, Sa sensibilité, toucher et connaissance artistique font de lui un interprète recherché pour ce répertoire.
Debussy du fait de son langage harmonique et novateur est une des figures les plus inspirantes du début du XXème Siècle.
Les oeuvres ici proposées sont des pièces faciles d'accès, que des enfants ou jeunes pianistes doivent et peuvent jouer.
le petit nègre, est assez facile mais drôle et accessible pour beaucoup de pianistes. Clair de Lune est une œuvre majeure du répertoire, peut-être une des pièces les plus jouées dans la répertoire classique. Les deux arabesques sont des chefs d’œuvre ! Elle sont devenues célèbres sur le tard, car lors des premières exécutions au début du XXème siècle, le public semblait surpris par cette écriture. Enfin, le cycle Children's Corner, dédié à sa fille Emma est varié, passionnant à découvrir.
Bertrand Giraud se propose de vous donner quelques informations, quelques astuces pianistiques pour mieux interpréter ces pièces de grande beauté !